Q’évoque cette image en vous? Vient-elle réveiller des souvenirs, des émotions, des sensations particulières? Ou est-ce de la compassion, de la peur, des critiques, de la moquerie, des sourires? Toutes ces réactions peuvent avoir un rapport avec la façon dont cette blessure vibre en vous.

La blessure d’abandon s’installe lors de la phase de nourrissage du bambin. Il suffit que la mère ait manqué de temps pour allaiter, l’ait fait dans des conditions peu propices, l’ait négligé, que celui-ci ait vécu un passage prolongé à l’hôpital lors de cette période ou ait été réellement abandonné par ses parents, les conclusions du bébé seront les mêmes: « j’appelle, je demande, j’ai faim, j’ai besoin de contact…et rien en retour… je suis seul, je ne peux compter sur personne ». Lors de cette période l’enfant n’est pas encore à même de verbaliser ses besoins, il crie, il pleure son malaise, son «manque de» . Le MANQUE est un thème central qui va s’ancrer dans le système des croyances de l’adulte qui a vécu ce traumatisme: il n’y aura jamais assez pour combler mes attentes et me satisfaire.

La DEMANDE va peu à peu devenir un noeud complexe, difficile à gérer chez l’adulte qui résonne avec cette blessure, dû aux conclusions erronées de l’enfant. Elle se charge d’attentes exagérées, d’exigences inconsidérées et se formule avec énormément de difficultés, pour parfois ne pas se verbaliser ou se dire avec maladresse. La demande devient un processus automatique, répétitif, continu, épuisant pour l’entourage. Pour éviter de ressentir la douleur de ce manque, cette boule au ventre, la stratégie de défense est de puiser l’ énergie chez les autres car il ne peut croire en sa propre capacité à « se nourrir » et à assurer son autonomie, incapable de déterminer ses besoins réels. Le CHOIX devient alors une source d’angoisse car quoi que cette personne choisisse entraîne frustration et insatisfaction. L’enfant abandonné devenu un adulte en demande provoque finalement ce qu’ils craint le plus … l’abandon.

Ces personnes se perdent souvent dans des monologues assommants, ou parlent très bas (pour attirer l’attention, on se penche vers eux pour les écouter), certains s’enferment dans un mutisme mais tout leur corps exprime le besoin d’être au centre des préoccupations, leurs grands yeux expressifs tristes ou enjoués « mangent » véritablement leur entourage. Elles peuvent également s’abandonner dans la prise en charge des autres qu’elles considèrent en souffrance, (les personnes malades, les personnes « à problèmes », souvent d’autres personnes qui souffrent de cette blessure) qui acceptent cela un certain temps jusqu’à se sentir envahies.

La vie des personnes qui résonnent avec la blessure d’abandon est marquée par des phases d’effondrement (états dépressifs , épuisement, découragement), d’insatisfaction perpétuelle et de relations sociales difficiles voire parfois précaires. Alors que chez le schizoide – cfr article précédent, la difficulté d’exister réside dans l’expérience du monde physique, chez l’oral c’est dans le monde relationnel qu’elle se concrétise davantage. La personnalité orale n’en a jamais assez, son univers intérieur est comme un trou noir aspirant et sans fond, que rien ne peut parvenir à combler. Elle peut être énergétiquement vampirisante, elle cherche à manipuler en adoptant un mode de victime, qui non comblée dans ses exigences se transforme en bourreau.

Peut-être avez vous déjà vécu cette sensation de « vide intérieur », de ne plus savoir que faire (manger peut-être? N’importe quoi pourvu que ça cale!), qui appeler (n’importe qui pourvu qu’elle/il réponde au téléphone même si cette personne m’importe peu au fond) peu après le départ d’un ami, après être rentré du travail, lorsque les amis partent en vacance, lorsque les enfants deviennent autonomes et préfèrent leurs amis à la famille… Les « cordes énergétiques » qui fondent nos relations sont alors véritablement mises à mal et cela peut provoquer des sensations physiques et émotionnelles pénibles… C’est la blessure orale qui s’exprime et le petit enfant traumatisé par l’abandon qui dirige votre vie d’adulte.

Observer tout cela en soi est déjà une première étape vers la guérison, prendre soin de soi (même si on constate la tâche parfois impossible), oser demander de façon consciente et sentir l’angoisse monter lors de cette prise de risque de même que lors des choix difficiles, sentir son insatisfaction comme un rituel de vie qui se répète, de même que l’épuisement ou les états dépressifs … sont des indicateurs qui vous aideront à déterminer le degré de pertinence de la blessure d’abandon chez vous.

Cette blessure provoque souvent de la honte chez celui qui en prend conscience car elle est très mal vue dans notre société, qui valorise l’image de l’homme fort, de la femme indépendante et autonome. Alors beaucoup de douceur et d’amour envers vous-même si vous vivez cela, il y a en vous un petit enfant qui a crié, pleuré et n’a pas été entendu au moment où il en avait besoin et cela lui a fait très mal.

Une approche psycho-corporelle telle que je la propose pourrait vous aider à sortir de ces schémas répétitifs qui finissent par empoisonner votre quotidien. La blessure se vit à tous les niveaux de notre être, physique, émotionnel, psychologique, spirituel. Une aide extérieure peut vous aider à dépasser vos résistances à sortir de ces schémas.

 

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